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) Lartisan silencieux écoute au fil des heures les discussions entre son outil, son support, son matériau et lui-même. Lhabitude et lautomatisation de certains gestes, de certains tours de main confèrent à ces éléments devenus invariables, le statut de compagnons qui se mettent à parler. Dans ma peinture, ces éléments existent et apparaissent sous forme de figures colorées, placées les unes par rapport aux autres, de manière à résonner. Il y a quelque chose qui danse, qui remue, qui émet des sons. Le sujet, cest ça
Ma peinture est donc figurative. Son sujet, échappant à toute figuration, en est néanmoins captif. Elle décline ses partitions où les éléments discutent, rient, trompent, séduisent, se défendent et se battent, par leur position, couleur, forme, dynamique, exactement comme des personnages, éléments dun langage.
Lorsquil a fallu montrer mon travail, que faire avec lobligation de cadre ? Cest alors quont poussé des reliefs, évacuant la connotation " fenêtre sur " pour devenir morceau de mur ou bas-relief. En retrouvant le mur on revient à la peau. Cest la perspective de lui appliquer des taches, des lignes, des circuits, des traces, qui donne naissance à ces volumes. Ce marquage primitif, regardé den haut, suggère un auteur animal-cartographe.
Le mur nest plus séparateur, il est la matière qui mempêche de tomber dans le gouffre. il est le yin ou le yang, le noir ou le blanc, dun côté la falaise vertigineuse, de lautre côté, le vide. Le mur est protecteur. Dans mes derniers tableaux, on retrouve ce mur, vu peut-être de profil, sur lequel sappuie une image, un paysage abstrait. Les aplats géométriques, qui architecturent lapparent désordre coloré, sont un plongeoir doù lon peut contempler un chaos, une turbulence, un trou. Ce gouffre qui, comme un puits, me nourrit, malimente, mattire et surtout me fascine.
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