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L'association Origine fête, à Strasbourg, ses dix ans. Et en profite pour interroger, de façon très ouverte, le thème des racines.

Une décennie. Un chiffre symbolique, mais aussi un tournant dans l'histoire de l'association strasbourgeoise : Emma Garzaro, directrice artistique de la structure, et qui a migré à Lille, entend passer la main après six années de bons et loyaux services : « J'ai d'autres projets dans le Nord/Pas de Calais, et on ne peut pas être sur tous les fronts », dit-elle, ravie de son bilan. « Une cinquantaine de plasticiens ont circulé entre le Québec et la France durant tout ce temps », rappelle-t-elle.
Le Québec, grand pôle d'attractivité d'Origine, qu'on retrouve très logiquement dans cette exposition qui mobilise une dizaine de plasticiens - dont cinq Québécois - autour du thème des racines : « L'idée est née il y a deux ans, à la suite d'une visite d'une exposition botanique, à Lyon, consacrée aux plantes carnivores. La réflexion s'est vite orientée vers les racines, avec ce qu'elles impliquent symboliquement, tant sur le plan naturel qu'humain », indique Emma Garzaro.
Le végétal tient donc ici lieu de fil conducteur, mais dans des interprétations ou manipulations qui font souvent écho à l'homme et à son monde. Lecture dont témoigne l'installation des Canadiennes Darsha Hewitt et Stéphanie Brodeur, grandes bidouilleuses technologiques : des capteurs installés dans une cour, où survit un pauvre arbuste, permettent de relayer dans la salle d'exposition les bruits de la ville, via des écouteurs.
Le langage, les signes et les codes sont également très présents dans l'univers érotisé de Delphine Brouchier : elle opère la transmutation de godemichés en champignons déclinés à la façon des représentations d'ouvrages de botanique, ou encore répertorie dans des livres-objets très architecturaux les multiples noms utilisés pour désigner le pénis - elle atteint le chiffre de 260 !
Les mots et les formes également chez Corine Kleck, mais de façon très poétique - des rosaces découpées dans du papier d'où surgissent des mots - ou sensuelles - une couronne de bouches/fleurs, au rouge engageant, en lévitation. Retrouver le Strasbourgeois Antoine Cicero n'étonnera pas : son travail brouille depuis des années les frontières entre l'homme et le végétal d'une manière assez sidérante.
C'est le spectacle d'une "dévoration" inquiétante et magnifique que signe là Emma Garzaro pour son départ.

Serge Hartmann

Jusqu'au 30 septembre, à l'Espace G, entre les 17 et 19 rue de Wissembourg, de 15 h à 19 h 30. Soirée vidéo le 28 septembre, à 20 h, à l'auditorium du MAMCS. Entrée libre.

Édition du Ven 22 sept. 2006

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